DOCUMENTATION ET TRANSMISSION DE LA DANSE CONTEMPORAINE ET ACTUELLE QUÉBÉCOISE / FONDATION JEAN-PIERRE PERREAULT
EC2
© FJPP, source: Frédérique Rivest
lundi 29 avril 2019

Journal de création de La chute, deuxième partie

Journal de création de La chute

Texte 2 / Montréal / Avril 2019

 

Rencontre avec José Navas

 

J’ai eu jusqu’ici deux rencontres avec José Navas, qui est l’un des conseillers artistiques du projet La chute. Nos discussions ont tenté de répondre à trois questions : Quels sont les principaux éléments du travail d’un soliste ? Dans quelle mesure ce dernier peut-il amener des propositions originales ? Comment peut-t-il révéler au public les origines culturelles et socio-politiques de sa création ?

 

Le travail du soliste

La présence des qualités et des formes de la danse iranienne dans mes propositions, José la considère comme une sorte d’accent. Accent dans le sens linguistique du terme. José me conseille vivement de préserver cet accent dans la conception de mes phrasés.

 

Ainsi, quand il a vu comment Molouk Zarrabi, chanteuse iranienne des années 60, réussit à accompagner merveilleusement bien un instrument occidental (le piano), tout en gardant son accent téhéranais, (video), il m’a invitée à adopter une pareille attitude à l’égard de la danse contemporaine qui est aussi un art occidental.

 

Je donne ici un exemple concret : la façon dont je tourne mes poignets, je l’hérite de ma culture ancestrale. Elle est, pour ainsi dire, l’empreinte de la danse iranienne sur mon corps. Cette particularité donne à mes phrasés une couleur iranienne qu’on ne peut pas forcément voir chez les autres danseuses contemporaines. Cette couleur, c’est mon accent.

 

De plus, pense José, plutôt que de viser à surtout perfectionner sa technique, un soliste devrait approprier celle-ci à son univers personnel. Une « danse sale », dit-il, vaut mieux qu’une création purement technique mais sans caractère.

 

Les paroles de José me font aussi réfléchir à la notion de présence : vu qu’un soliste est à la fois le sujet et l’objet de son travail, le concepteur et l’interprète de sa création, il a selon moi une plus grande chance d’atteindre, durant les représentations, une pleine présence scénique ; c’est un état psycho-physique qui me parait plus difficile à vivre à celui qui danse dans les créations d’un chorégraphe autre que lui.

 

Quant à moi, pour atteindre cet état de présence dans les représentations de La Chute, je m’identifie avec cet arbre mythique qui est l’image centrale de ma création. Ce sont mes membres qui font de plus en plus corps avec les branches de cet arbre. C’est mon sang qui prend la couleur de la sève qui circule dans les xylèmes de cet arbre et qui le nourrit.

 

L’originalité des propositions

 

Ces particularités – mon accent, ma présence – me permettent d’amener des propositions originales dans mon écriture chorégraphique. Par exemple, j’ai présenté à José l’un des mouvements de la danse iranienne qui s’appelle Béchkan. Ce mouvement, on peut le faire avec une main ou deux. José a été impressionné quand il m’a vue le faire habilement avec les deux mains. Familier pour les iraniens, ce mouvement saura je crois surprendre le public québécois qui ne le connait pas. Mais comment le placer sur la ligne dramaturgique de la pièce pour qu’il soit non seulement captivant pour les spectateurs mais aussi compris par eux? Avec José, nous avons tenté de donner une réponse à cette question.

 

La compréhension du contexte

 

Pour rendre mes propositions compréhensibles au public, je leur donnerai deux choses :

1- quelques gestes clés que j’insérerai dans ma chorégraphie

2- un texte explicatif qui révélera au public les origines socio-politiques de cette création.

 

Par gestes clés, j’entends les composantes des mouvements propres à la danse iranienne. Je pense aussi à insérer dans la chorégraphie une scène où je danserai pendant quelques instants un phrasé complet issu de danse iranienne. Cela permettra au public de voir la nature de cette danse.

 

Concernant le contexte socio-politique de l’œuvre, je crois qu’un document écrit pourra mieux communiquer les informations nécessaires aux spectateurs. À mon avis, les chorégraphies contemporaines sont des œuvres sensorielles plutôt qu’intellectuelles. Presque toujours, elles touchent les sens des spectateurs, mais elles ne réussissent pas toujours à leur transmettre le message qu’elles portent. Sur les conseils de José, je projette de rédiger un texte pour les spectateurs qui leur permettra de déchiffrer ce que je souhaite partager avec eux.

 

– Nasim Lootij

 

Merci à Lise Gagnon et Kiasa Nazeran d’avoir relu ce texte.

 

En savoir plus :

Premier texte du journal de création

Dialogue autour d’une première exploration (vidéo)

Deuxième texte du journal de création

La culture comme la sève de l’arbre (vidéo)

Troisième texte du journal de création

La fluidité dans les appuis (vidéo)

Voulez-vous continuer la discussion? Dites-nous ce que vous pensez!

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *